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Dernière mise à jour : 2019-12-05
 Les vendanges 2019 au fil des jours... Français   English   



Un récit des vendanges jour après jour, presque en direct des vignobles et du vendangeoir…

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Jeudi 12 septembre

Il fait beau et la journée sera chaude avec des températures proches de 30°C. Une rude entrée en matière pour l’équipe des vendangeurs qui ne s’attendait pas à ces conditions estivales !
Alors que le ban des vendanges Crémant est ouvert depuis le 4 septembre, nous avons volontairement choisi de reporter notre démarrage. En effet si les degrés étaient au rendez-vous, les raisins ne donnaient pas une impression de pleine maturité.
La journée est consacrée en totalité au Pinot Noir destiné à l’élaboration du Crémant Rosé. Le pressurage lent suffira à assurer une légère extraction de couleur.

Vendredi 13 septembre

Encore une journée très chaude. Plus de 30°C !
Nous continuons dans les Crémants avec quelques parcelles de cépages blancs : Chardonnay, Pinot Blanc et Riesling. Avec un degré moyen au pressoir de 11,4% nous sommes dans nos objectifs.
Compte tenu des fortes températures nous écourtons la journée plus tôt que prévu..

La fin de semaine est littéralement estivale !

Lundi 16 septembre

Une nouvelle journée très chaude. L’équipe des vendangeurs s’est étoffée avec l’arrivée des fidèles.
Journée totalement consacrée à l’Auxerrois issus des coteaux nord de Bergheim pour le Crémant. Avec ce cépage nous montons à 12,1°C. Le vin de base ne sera plus totalement sec à ce niveau et la seconde fermentation sera faite à partir des sucres résiduels naturels.

Mardi 17 septembre

Les températures sont plus supportables.
Nous restons sur les Auxerrois et Pinot Blanc sur l’appellation Alsace. Les parcelles hautes proches de la forêt sont récoltées en matinée, celle de la Streng dans l’après-midi. Les degrés moyens grimpent à 12,7%. Compte tenu du rendement des levures c'est parfait.

Mercredi 18 septembre

Le vent du Nord-Est est arrivé. La matinée est fraîche, la journée est très belle et agréable. Des conditions quasi idéales pour les vendangeurs.
Nous continuons (et terminons) les Auxerrois et Pinot Blanc sur l’appellation Alsace. Les raisins tombent facilement des pieds signe d’une belle maturité physiologique. Dans l’après-midi nous attaquons les Pinot Gris. A 13°7 (moyenne au pressoir) il ne servirait pas à grand-chose d’attendre d’autant que le risque d’un passage pluvieux n’est pas totalement écarté pour la fin de semaine. A ce niveau, nous voulons privilégier le côté frais et fringuant des vins. A noter que les baies sont belles. Les raisins ne semblent pas avoir souffert de la sècheresse. Deux raisons à cela : d’une part les terroirs de Ribeauvillé ne sont pas très asséchant, mais surtout nous forçons les vignes à faire descendre les racines en profondeur en les soumettant à un enherbement massif contraire à l’orthodoxie ambiante. Cela peut paraître choquant aux techniciens prônant des sols dégagés de toute concurrence, mais les derniers millésimes nous ont donné raison : lorsque les températures et l’aridité augmentent nos vignes bien implantées ne semblent pas souffrir.

Jeudi 19 septembre

Il fait toujours frais le matin, mais la journée est agréable grâce un agréable vent frais, un vent de passerillage…
Journée entièrement consacrée au Pinot Gris. Comme tous les Pinot à ce stade, ils offrent un bon compromis entre maturité technologique et maturité phénolique. Pour essayer de faire simple, rappelons que la maturité technologique est liée à la quantité de sucres présents dans les raisins, et la maturité phénolique est le traceur d’un cycle de reproduction abouti pour la vigne. L’idéal est d’obtenir les deux maturités à leurs valeurs optimales au même moment. Facile à dire, pas toujours facile à obtenir. Je développerai cela plus tard pour éviter une indigestion technique…

Vendredi 20 septembre

Les bonnes conditions météo se maintiennent.

Aujourd’hui, nous nous concentrons sur le Pinot Noir. Pour ce cépage, il est important d’attendre la maturité phénolique pour éviter les vins aux tannins agressifs. Pour évaluer cette maturité, plusieurs facteurs sont à prendre en compte : Au niveau du raisin, nous nous concentrons sur les pépins : ceux-ci doivent être bien bruns et ne pas montrer d’amertume lorsque on les croque. Au niveau de la vigne, la croissance doit être terminée et les bois aoûtés c’est-à-dire bruns. Grâce à la belle période sans précipitations, l’état sanitaire des raisins est excellent. Seules quelques grappes montrent des traces de coup de soleil (baies dessèchées).

Lundi 23 septembre 2019

La fin de semaine est restée belle. Seule ombre au tableau, un épisode de pluie dans la nuit dimanche à lundi (10 mm). Nous décidons de reporter notre démarrage à 10h du matin afin de laisser les vignes sécher un minimum.

Compte tenu de ces conditions incertaines, nous faisons la tournée des nos vielles parcelles de Sylvaner. Rappelons que ce cépage trop souvent négligé donne de beaux vins légers, frais, fruités et gouleyants. Des vins faciles à boire.
Comme nous nous y attendions sur ces vieilles vignes aux rendements maîtrisés les maturités sont au rendez-vous. Deux parcelles un peu vigoureuses nous obligent à procéder à un travail de tri pour séparer quelques malades. C’est l’avantage de récolter à la main.

Revenons un instant sur l’indication des pourcentages d’alcool potentiels que j’indique parfois. Pour chaque remorque de raisins qui arrive, un échantillon de jus de l’ordre de 1 litre est prélevé sur différente bottiches (les récipients contenant les raisins). Le degré d’alcool potentiel est ainsi mesuré. Il d’agit du degré qu’aurait le vin si tous les sucres présents dans le raisin fermentaient. La convention stipule qu’une concentration de 16.83 g/l de sucre dans le jus pour donne 1% d’alcool dans le vin. Il est donc possible d’avoir une première idée de l’équilibre possible dans le vin pour chaque apport. Une première idée simplement. La suite plus tard…

Mardi 24 septembre 2019

La journée démarre fraîchement mais sous le soleil. Rapidement le soleil se voile. En fin de journée une averse couronne le tout. Heureusement celle-ci est de courte durée et peu intense.
La journée est dédiée au Trottacker. Ce terroir se situe dans le prolongement nord du Grand Cru Osterberg avec lequel il partage quelques caractéristiques : des sols marno-calcaires profonds bien alimentés en eau, une altitude moyenne et une orientation vers l’Est.
Les vins qui en sont issus sont en général amples, riches, et équilibrés par une pointe de fraîcheur. Compte tenu des maturités de cette année, le style du vin sera respecté et ravira les amateurs de vins gourmands…

Mercredi 25 septembre 2019


Quelques averses de pluie durant la nuit ont apporté 6 mm d’eau. La matinée est donc humide, mais une légère brise ainsi que le retour du soleil conduiront finalement à une journée agréable. Les températures tournent autour de 20°C.
Les muscats sont vendangés, puis immédiatement éraflés pour ensuite être mis sur le pressoir en macération pelliculaire avant pressurage. L’idée est de récupérer un maximum d’arômes de la peau des raisins. Dans ce cas présent notre idée est clairement de produire un vin de fruit, plein de fraîcheur et de croquant. Le pressurage sera fait tard dans la nuit après égouttage préalable des jus issus de la macération
Plus tard, nous montons sur le Grand Cru Kirchberg pour commencer à récupérer nos raisins pour notre Ribeauvillé. Il s’agit principalement de Pinot Blanc. Ces parcelles étaient plantées dans ce cépage au moment de l’accession de Kirchberg en appellation Grand Cru. Le Pinot Blanc ne peut être revendiqué en Grand Cru à ce stade, d’où la revendication en Ribeauvillé.


Jeudi 26 septembre

D’après les prévisions météo cela devait être la pire journée de la semaine. Il n’en a rien été. A part un peu d’humidité le matin, le ciel est couvert et les températures agréables. Ceux qui ne sont pas sortis le matin l’ont regretté en soirée !!
Nous partons aux limites du ban de Ribeauvillé sur le Hagenau. Nos parcelles du Hagenau reposent sur une roche mère constituée de marne et de conglomérat argileux de l’Oligocène. En surface se trouvent des limons argilo-sableux calcaires devenant plus caillouteux à certains endroits. La roche calcaire sous-jacente, fissurée ou conglomératique, constitue une réserve d’eau importante. Sa structure et sa pierrosité favorisent la pénétration racinaire. Ce terroir de par sa morphologie et sa structure paysagère (présence de murets de pierre, de buissons, d’arbres) est d’une grande richesse faunistique : au printemps il est possible d’observer des espèces comme : pie grièche, huppe fasciée, tarier pâtre pour ne citer que les plus emblématiques.
Pour cette cuvée, nous pressons et vinifions les cépages qui la composent ensembles. Elle est donc présentée sans indication de cépage.
Nous glissons ensuite vers le Grand Cru Osterberg sur lequel nous récupérons les Pinot Gris. Dès le Moyen-Âge, les Seigneurs de Ribeaupierre reconnaissaient l’excellence du terroir de l’Osterberg. S’étalant sur de douces pentes protégées des vents dominants, ce coteau exposé au Sud, Sud-est bénéficie d’un ensoleillement exceptionnel. Sur un substrat marno-calcaire nos vignes y produisent des Pinot Gris riches et complexes, équilibrés par une belle fraîcheur typique du terroir.

Vendredi 27 septembre

La nuit a été calme, nous sortons confiants. Les prévisions sont optimistes et nous annoncent une journée sans pluie. Cela ne sera pas tout à fait le cas puisqu’une courte averse tempérera nos ardeurs en milieu de journée.
Au programme de la journée : Le Grossberg !
Ce terroir est complexe et ne peut être résumé en 2 phrases. Sa situation à la frontière entre les sols sédimentaires et les sols cristallins n’ayant jamais été recouverts de sédiments marins engendre une géologie complexe. Par ailleurs il est soumis à deux flux aérologiques : le flux principal des vents catabatiques de Ribeauvillé et le flux secondaire issu du vallon du Lutzelbach. Cette double aération permet la préservation d’un excellent état sanitaire et nous autorise donc des dates de récoltes assez tardives mais favorables aux maturités phénoliques tellement importantes pour les vins rouges. L’ensemble de ces facteurs engendre des vins que l’on pourrait schématiser par un T avec, à la dégustation une partie verticale combinée à une partie plus large et horizontale.

Lundi 30 septembre

Après une belle fin de semaine nous avons eu droit à un bref mais fort coup de vent dans la nuit de samedi à dimanche avec de fortes rafales et de faibles précipitations. Sous les coups de boutoir de ces rafales la tente de protection au-dessus du vendangeoir a été mise à terre. Nous avions remarqué ces dernières années que les tempêtes étaient de plus en plus fortes et violentes. Nous allons devoir mettre en œuvre d’autres solutions pour protéger le toit par lequel nous chargeons les pressoirs en raisins entiers.

Dehors, il nous reste les Riesling et Gewurztraminer.
Nous décidons de faire un essai grandeur nature sur ces cépages pour voir ce que cela donne.
Après avoir récolté les parcelles sous la Route des Vins nous montons sur le Muehlforst pour les Gewurztraminer.
Quant aux Riesling, nous restons sur les piémonts des coteaux.
L’analyse de ces rentrées est assez claire : maturité technologique atteinte pour les deux cépages. En revanche, d’un point de vue phénolique, le Riesling est bien plus avancé. Le compromis entre les deux maturités est plus abouti sur les Riesling. Nous concentrerons donc nos efforts sur ce cépage et des divers terroirs dans les prochains jours : Steinacker, Muehlforst, Hagel, Grand Cru Osterberg et Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé.

Mardi 1er octobre

Début de matinée frais (11°C), mais retour de températures douces en journée (20-22°C). Quelques rayons de soleil par moments et juste 3 gouttelettes de pluie qui n’ont rien de la douche que nous subissons ce soir à l’heure où j’écris. Il ne ferait pas bon être en sortie de vallée au Hagel en ce moment le matelas nuageux est trop vindicatif !.
Journée 100% Steinacker. Les vents doux de ce début de semaine ont fait leur effet. Les raisins se sont bien concentrés de sorte que Steinacker sera Steinacker cette année à nouveau : un vin confortable comme un canapé douillet avec juste ce qu'il faut de structure en fin de bouche. Totalement à l’opposé du Style de Hagel…
Petit rappel : Situé au pied des terrasses de la vallée du Rhin, le Steinacker (« Champ de pierres ») est un terroir de graves et de limons sableux avec une charge en galets siliceux. La fréquente humidité matinale en automne permet très souvent au botrytis de démarrer son développement ce qui confère au vin un nez explosif et du gras en bouche.

Mercredi 2 octobre

La nuit a été agitée. Le pluviomètre indique 10 mm de pluie. La première partie de matinée est donc humide, le temps s’arrangera ensuite avec de belles éclaircies et une seule averse notable et de courte durée vers 13h. Ce qui est remarqué est le brutal retour de températures fraîches en milieu d’après-midi. Le contraste est saisissant entre le départ de l’équipe en T-shirt à 13h et son retour bien emmitouflé à 16h30 !!
Compte tenu des conditions humides du matin, nous mettons le programme initialement prévu en attente et, en intercalaire, activons la solution « matinées humides » en cherchant 2 petites parcelles excentrées.
Une fois la météo plus stable nous reprenons dans les parcelles du Steinacker. Compte tenu du bel état sanitaire des raisins il n’est pas noté de différences entre les raisins récoltés hier et ceux du jour.

Jeudi 3 octobre

Il fait frais ce matin : 6°C sous un beau ciel bleu. Les températures remonteront rapidement pour finalement nous offrir une belle et agréable journée de vendanges. Compte tenu des prévisions très incertaines de ces prochains jours nous décidons de faire un saut sur les coteaux : passent ainsi sous les sécateurs les premières parcelles du Grand Cru Osterberg ainsi que celle du peut-être un jour 1er cru Hagel.
Les maturités sont parfaites, les raisins sains, tout juste pouvons-nous déplorer une trop forte attaque de nos parcelles du Hagel par les oiseaux et sangliers. La proximité de la forêt devient un facteur de plus en plus difficile à gérer.
A part cela les indicateurs sont au vert. Les moûts se goutent très bien en sortie de pressoir : ils sont équilibrés, complets et présentent une grande finesse. Un grand potentiel se dessine pour ces vins à nouveau…2019 se dessine doucement. J’y vois un millésime solide sur de grands atouts : pureté, équilibre et cohérence.

Vendredi 4 octobre

Quelques gouttes en matinée, puis une journée grise mais sans précipitations. Les températures sont légèrement remontées.
Nous terminons le Steinacker. Entre le premier pressoir de Steinacker mardi et ce dernier pressoir nous notons une notable progression du degré d’alcool potentiel des raisins. Compte tenu des vents de la semaine, nous pensons que nous avons eu un phénomène de concentration physique.
Les moûts sont précis aromatiquement et délicatement structurés. Ce millésime s’avère être de plus en plus prometteur.
A noter aussi que cette année la progression des maturités est régulière. Cela nous permet de vendanger les raisins au bon moment sans avoir à faire des compromis voire des impasses. Les conditions météorologiques parfois stressantes mais finalement très raisonnables nous aident bien.

Pour la semaine qui va venir nous avons à rentrer Gruenspiel, Muehlforst, Rotenberg, le Grand Cru Kurchberg de Ribeauvillé le Grand Cru Osterberg ainsi que les Gewurztraminer de coteaux. De quoi occuper la semaine…

Lundi 7 octobre

Matinée fraîche (9°C) avec un résiduel d’humidité lié aux pluies de milieu de nuit. La journée sera ensuite grise mais calme.

Journée totalement dédiée au Gewurztraminer des coteaux au nord entre Ribeauvillé et Bergheim. Les peaux épaisses de ce cépage cette année ne permettent ni à l’eau des pluies ni au botrytis de pénétrer à l’intérieur des baies de sorte que nous rentrons des raisins allant jusqu’à 15.5% d’alcool potentiel !

Mardi 8 octobre

Journée curieuse avec très net redoux en milieu de journée : 20°C sous un ciel nuageux. Les T-shirts sont de retour…

Comme prévu nous retournons sur le Muehlforst. Nos vignobles sont sur le sommet au lieu-dit Oberer Muehlforst. Nous sommes sur des calcaires du Muschelkalk, des calcaires issus de l’accumulation de fossiles marins (Encrines – lys de pierre et Cératites – Ammonites primitives). Un endroit où il ne fait pas bon travailler par temps froid. C’est en effet un lieu de courants d’air assez fréquents. Est-ce pour cela que le nom se rapporte au champ du ou des moulins ? Les vins qui en sont issus ont une structure des acidités en bouche assez caractéristique que je décrirais par une plaque horizontale qui s’étale en largueur. Des vins qui n’oublient jamais de sourire en milieu de bouche. Un mélange de sérieux et de plaisir…
Ces raisins gorgés de soleil sont délicatement « glissés » dans le pressoir pour les préserver de toute trituration et éviter la formation d’arômes d’hydrocarbures caricaturaux traceurs d’un itinéraire technique plutôt que du terroir…

En fin de journée nous retournons prendre quelques Gewurztraminer. Ceux-ci ont bien gagné en homogénéité de maturité et aromatique. La conséquence est aussi qu’ils sont bien montés en richesse en sucres (comprise entre 14,5 et 15,5%). Ces vins ne seront donc plus totalement secs. Toujours le dilemme entre maturité technologique et phénolique. Pour ma part je préfère avoir un vin phénoliquement abouti et mûr quitte à devoir gérer une petite rondeur (souvent source de plaisir pour la majorité des consommateurs) plutôt qu’un vin issu de raisins qui n’ont pas assez vécus et dont le seul mérite est de répondre à une incantation appelant au vin sec…

Compte tenu des prévisions météo pessimistes pour demain mercredi nous décidons de ne pas sortir. Nous n’avons pas trop tenu des prévisions pour le moment et nous nous en sommes bien sortis. Cette fois-ci nous décidons de ne pas tenter le diable une nouvelle fois 😉


Jeudi 10 octobre


La météo est bien curieuse cette année. De fortes précipitations étaient annoncées hier, elles ont été bien moins intenses que prévu. Ce matin, alors que les étoiles brillaient dans le ciel à 6 heures, une violente averse a douché notre enthousiasme vers 7 heures et nous a contraint à reporter notre sortie à 10 heures. Le reste de la journée a vu le retour du soleil pour aboutir à une journée agréable. En fin de journée, rafraîchissement des températures sous un ciel dégagé.

Compte tenu du feuillage mouillé des vignes nous démarrons dans une parcelle de chasselas, continuons ensuite dans du Gewurztraminer pour finalement terminer cette belle journée dans le Rotenberg. Ce terroir à la limite entre Ribeauvillé et Bergheim est marqué par ses sols à calcaires rouges riches en oxydes de fer. La couleur des sols a donné son nom à cette colline : « la colline rouge ». Au-delà de ces aspects sémantiques, le Rotenberg produit chaque année des vins blancs élégants, expressifs, riches et complexes. Des vins de caractère où la fraîcheur, typique du terroir, équilibre admirablement la douceur apportée par la belle surmaturité des raisins.

Vendredi 11 octobre

Retour du beau temps avec une magnifique journée et des températures atteignant 20°C. Il est agréable de sortir sans avoir à se soucier de la météo…

Nous continuons sur le Grand Cru Osterberg. Celui-ci se décline sur un diptyque (voire triptyque si l’on considère le très minoritaire Pinot Gris) sur deux cépages phares : Riesling et Gewurztraminer. Les Riesling pour le vin sec sont en fermentation, nous nous occupons aujourd’hui des Gewurztraminer. Le degré théorique moyen du pressoir est de l’ordre de 14.5%. Nous évitons donc les excès de maturité, ce qui est une excellente chose. Nous notons d’ailleurs la bonne tenue des Riesling et Gewurztraminer cette année, ils murissent tranquillement sans atteindre des sommets.

Ce soir il nous reste encore deux grands terroirs à rentrer : Gruenspiel et surtout le Grand Cru Kirchberg de Ribeauvillé. Nous nous y attellerons dès lundi pour Grand Cru Kirchberg.

Lundi 14 Octobre

Le beau temps est revenu. C’est par une magnifique journée d’automne avec des températures frôlant les 30°C que nous abordons le Grand Cru Kirchberg.
Nos parcelles sont situées au cœur du Grand Cru dans les pentes orientées au sud. La roche mère marno-calcaire accompagnée de grès jaune est affleurante et oblige les vignes à profiter de toutes les failles pour faire descendre les racines. Les vignes mettent donc très longtemps à s’implanter profondément, mais une fois que c’est fait, elles deviennent quasiment insensibles aux conditions aériennes. Ce Grand Cru est aussi fortement influencé par les vents catabatiques issus de la vallée. Ils permettent de préserver un bon état sanitaire au cours de la période végétative, mais aussi ralentissent la dégradation des acidités et enfin ces vents sont très favorables au développement du botryris sous sa forme noble.
Les raisins sont mûrs et ont « bien vécu » ! Ils ont profité lors de leur dernière nuit d’une dernière magnifique pleine lune. La répartition des maturités entre les différentes parcelles est classique. La compilation de cette diversité nous donnera un Kirchberg avec tous ses attributs : puissance, gras, ampleur, longueur et enfin fraîcheur en fin de bouche.

Mardi 15 octobre


Les températures sont moins extrêmes aujourd’hui grâce à une couverture nuageuse. Nous sommes sortis avec la menace de l’arrivée d’un front de précipitations assez actif issu des violents orages qui ont traversé le sud du pays. Personne ne souhaitant se faire rincer pour cette dernière sortie, les sécateurs virevoltaient…
En cette dernière journée de vendanges nous déclinons les épanadiploses comme l’on enfile les perles d’un collier…
Nous avions démarré sur un cépage rouge (le Pinot Noir), nous terminons sur un cépage rouge toujours…le Gewurtraminer. Nous avions un pressurage long pour extraire les pigments de couleur des peaux, nous repartons sur une longue durée pour extraire les arômes cette fois-ci.
Nous avions démarré avec une équipe de vendangeurs et de vendangeuses sympathiques, motivés et agréable et…c’est toujours le cas au bout de ce mois passé dans les coteaux de Ribeauvillé.
Nous avions au menu du premier jour des Bouchées à la Reine, et pour le dernier jour des Lasagnes…zut cela ne fonctionne pas 😊
Le Gruenspiel sur lequel nous terminons est un terroir remarquable. Sur une roche mère constituée de marnes et d’argiles du Lias et de l’Oligocène, nos vignobles sont situés sur des sols limono-argilo-sableux. Ces coteaux, sur les pentes orientées au sud, présentent une hydromorphie profonde qui assure une alimentation hydrique régulière à nos vignes, gage d’une belle maturation des raisins, voire certaines années, d’une surmaturation sous forme de Botrytis Cinerea. C’est très peu ce cas cette année. Le botrytis n’a pas réussi à venir fragiliser les épaisses peaux des raisins.
Ce Cru livre en général un vin très ouvert, au nez complexe de roses, d’épices et de fruits exotiques. La bouche est puissante, épicée et de longue persistance. Un vin avec un côté baroque très plaisant. Cette année ne fera pas exception compte tenu des raisins rentrés.

Avec ce dernier Terroir s’achèvent ces vendanges. Reste maintenant à encadrer ces moûts pour concrétiser ces projets en vins plaisants, élégants, exprimant leur origine et de grande garde.

A chaud ce que je retiens cette année est la lente progression des maturités qui nous a permis de récolter chaque Cru au bon moment.

Merci à tout l’agréable équipe !